COVID : 5 leçons pour (ré)organiser la vie au travail

vendredi 04 septembre 2020

A situation exceptionnelle, Vigie exceptionnel. Inutile de vous dresser la liste des mesures de prévention à prendre contre le risque infectieux de la COVID 19 : comme son nom l'indique, la pandémie touche la population mondiale (pas seulement les salariés) et les gestes barrières sont bien connus. Néanmoins, il est possible de tirer des leçons fortes de cette crise où les entreprises doivent s'adapter et faire preuve de souplesse afin de mettre en oeuvre des mesures unilatérales. Dans cette réorganisation forcée, quelques grands principes de prévention sont à méditer... pour les appliquer maintenant et après.

Leçon 1 - Santé publique et santé au travail : même combat

Le risque infectieux est invisible, inodore, incolore... Un virus se transmet de la même manière selon qu'on est en famille, entre amis ou entre collègues. Il n'existe pas de barrière hermétique entre la vie au travail et la vie personnelle. Le cas de la COVID 19 rappelle ainsi un « fondamental » de la santé et de la sécurité : les mesures de prévention des risques professionnels ne se limitent pas à la protection du salarié, mais ils sont valables pour l'être humain en général. Quand il est demandé aux employés de ne pas covoiturer, d'éviter les transports en commun ou de laisser leur tenue de ville dans les casiers avant de passer leur tenue de travail, c'est pour les protéger eux, mais aussi tout leur entourage, donc pour éviter la propagation du virus.

Leçon 2 - Les classiques de la prévention : une source d'inspiration

Si la crise due à la COVID 19 a un caractère exceptionnel, les principes de prévention qui peuvent aider les entreprises à se protéger sont, eux, bien connus. Un exemple ? Dans l'agroalimentaire, où les méthodes de travail peuvent être source de contamination des aliments au même titre que la main d’œuvre, le matériel, les matières premières ou les locaux, on applique le principe de « la marche en avant » : la conception et l’agencement des locaux où les denrées alimentaires sont préparées, traitées ou transformées, doivent permettre la mise en œuvre de bonnes pratiques d’hygiène et notamment prévenir la contamination entre et durant les opérations. La zone des produits « sales » (épluchures, matières premières crues, matériels sales, cartons…) ne croise jamais le secteur des produits « sains » (produits finis, matériels propres…).
De même, plan des déplacements, sens de circulation, marquages au sol, filtrage des clients - principes de prévention « classiques » déjà appliqués dans certaines entreprises - restent une excellente source d'inspiration pour faire barrage au virus.

Leçon 3 - Le papier n'est pas (toujours) la réalité

Problème : sur le papier, même si les mesures de prévention sont simples et identiques pour tous (tousser dans son coude, respecter une distance d'un mètre entre les personnes, porter un masque, etc), elles ne sont pas toujours faciles à appliquer dans la réalité de l'entreprise. Pour rendre la consigne opérationnelle, il faut passer par l'incontournable analyse du poste de travail. Évaluer les risques de transmission du virus dans le cadre de l'activité, c'est identifier les postes et situations à risque, notamment ceux qui mettent les salariés en contact à moins d'un mètre. L'évaluation doit aussi porter sur la nouvelle organisation du travail, car les mesures établies pour prévenir le risque infectieux sont susceptibles de générer de nouveaux risques pour les salariés.

Leçon 4 - La force du collectif, c'est décisif !

Comme dans l'axiomatique d'Euclide, toutes les étapes sont liées ! Ainsi, la leçon 3 implique la leçon 4 : pour analyser un poste ou mettre en place une nouvelle organisation du travail, une large concertation des employés est nécessaire. Après tout, ce sont eux qui connaissent le mieux leur travail et les machines ! Une fois les changements opérés, il faut privilégier une communication régulière sur les conditions de la reprise d’activité et réaffirmer la place du dialogue social dans l’entreprise.

Leçon 5 - La prévention : un levier de performance

Ainsi, rien n'est impossible si l'on se donne la peine de réfléchir ensemble aux problèmes et aux solutions à mettre en place... D'ailleurs, ce principe tiré de la leçon 4 s'applique à d'autres sujets que la prévention, comme, par exemple, la performance de l'entreprise. Que faire pour survivre ? Comment maintenir un minimum ou la totalité de l'activité ? Faut-il généraliser le télétravail ? Le gain de performance naît parfois de la contrainte. Au final, cette crise générale qui montre à quel point l'humain et sa santé doivent rester des priorités absolues pour toute entreprise, valide l'équation « prévention = performance ».

[Témoignages]

« Le principal risque, c'est l'oubli du risque »
Serge Gérard, PDG de l'entreprise Boyer

« Lors du confinement, nous avons d'abord expliqué à nos 44 employés, avec l'aide de la médecine du travail, les risques qu'ils couraient s'ils venaient travailler. Ensuite nous avons pris de nombreuses mesures pour éviter au maximum la présence et la transmission du virus : télétravail quand c'était possible, sens de rotation autour de la pointeuse, pas de partage d'outils à l'établi, horaires décalés dans les vestiaires sur les conseils de la CARSAT, distributeurs de savon antibactérien et de gel hdyroalcoolique, ventilateurs interdits... et pas de masque, car nous travaillons tous à plus d'1,50 m les uns des autres. On a même organisé des formations où chaque chef d'équipe montrait comment se laver les mains et désinfecter les outils. Le soir, je reste pour désinfecter moi-même les poignées de portes. Au début, ces dispositions ont pu être source de stress ou d'incompréhension, mais avec le temps, elles ont été acceptées et sont toujours suivies : le principal risque serait d'oublier le risque. »

« Pour être appliquée, une mesure doit être comprise »
Christopher Naoum, Coordinateur Sécurité Environnement dans le groupe Sud Ouest.

Notre priorité a été de placer les salariés en télétravail : le service informatique a commandé 150 ordinateurs portables et a augmenté la capacité de connexion du réseau. En production, même si le journal tirait 1 édition au lieu des 15 habituelles et qu'une machine était stoppée, nous avons organisé un roulement des équipes et placé une partie du personnel au chômage.
Parallèlement, le restaurant d'entreprise a été fermé (il l'est toujours), une partie des bureaux dans les open spaces est condamnée, les espaces de pause ne sont ouverts qu'à trois personnes en même temps, et un sens de circulation a été instauré en interne : un escalier pour monter, l'autre pour descendre ! Des distributeurs de gel hydroalcoolique sont installés aux entrées, un kit masque et gel a été distribué à chaque employé et les voitures de fonction sont systématiquement désinfectées. Mais une prévention efficace, c'est d'abord une bonne organisation et un travail d'équipe : chaque décision est le fruit d'un échange avec les salariés et la direction. Pour être appliquée, il faut qu'elle soit comprise et circule à tous les niveaux : notre PDG diffuse lui-même des vidéos chaque semaine. Ces points de situation sont aussi un lien précieux avec l'entreprise pour les salariés en télétravail.

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